"Mabanckou en quête d’un frère aîné"
vendredi 11 janvier 2008Mabanckou en quête d’un frère aîné essai . L’écrivain congolais met ses pas dans ceux du romancier afro-américain James Baldwin.
Lettre à Jimmy, Alain Mabanckou, Éditions Fayard, 2007, 184 pages, 17 euros.
Alain Mabanckou, en 2006, s’adressait à son « cher Baobab » dans Mémoires de porc-épic (Le Seuil), couronné du prix Renaudot. À présent, il écrit à son « cher Jimmy », c’est-à-dire à James Baldwin (1924-1987), écrivain afro-américain révolutionnaire qui revendiquait haut et fort sa condition de bâtard et d’homosexuel. Le style épistolaire - soit l’adresse ad hominem - privilégié par l’auteur répond à une authentique nécessité de se rapprocher de la personne de Baldwin, de la tutoyer sans familiarité sur le ton de la confidence. Cela permet aussi de traiter un thème commun aux deux écrivains, l’engagement par l’écriture ainsi que l’indépendance du romancier par rapport à ce que Mabanckou nom- me avec force « la littérature de troupeau ». James Baldwin, pour sa part, ne se situa-t-il pas en rupture même avec la littérature d’opposition de son temps ?
Pour lui, était essentiel son statut d’enfant de Harlem qui ne connut pas son père, plutôt que celui de Noir américain victime de la ségrégation raciale, quand bien même, extrêmement marqué par la situation des Noirs dans son pays, il a été l’une des figures de proue dans la lutte pour les droits civiques. Les personnages principaux de chacun de ses livres (La Chambre de Giovanni, La Prochaine fois,le Feu, Blues for Mr. Charlie) sont tous en rupture de ban. Baldwin s’attache exclusivement à l’individu irréductible, tant il est convaincu que c’est à travers la singularité que l’on peut comprendre le collectif. Mabanckou s’avoue sensible à la vision de celui qui refuse le repli communautaire, en littérature comme en politique. Il note, en effet, « qu’il n’est pas de pire personnage que celui qui joue le rôle dans lequel on l’attend ».
Baldwin comme Alain Mabanckou (né au Congo, enseignant aux États-Unis et écrivain de langue française), fut aussi à cheval sur trois continents (l’Afrique des origines lointaines, l’Amérique et l’Europe, puisqu’il s’exila à Paris). Lettre à Jimmy accuse à dessein les différences de situation entre l’Africain et l’Afro-Américain ; Alain Mabanckou va jusqu’à dire qu’ils ont besoin d’un dictionnaire pour se compren- dre. L’un, l’Afro-Américain, est en quête de son identité, « fruit d’un viol de l’histoire et d’un voyage funeste », tandis que l’autre, l’Africain, « veut changer sa terre et reprendre au colon le pouvoir de décider de son destin ».
Dans le chapitre sans doute le plus polémique de Lettre à Jimmy, Alain Mabanckou évoque l’antisémitisme des Noirs américains, question qu’envisagea Baldwin dès les années 1940 dans un article fameux intitulé : « Les Noirs sont antisémites, parce qu’ils sont anti-Blancs ». Pour James Baldwin encore, cet antisémitisme-là est l’effet de plusieurs malentendus. Il y a d’abord que les Noirs, dont ceux de Harlem, vivent dans des conditions misérables, soumis au bon vouloir des propriétaires fonciers juifs qui encaissent les loyers.
Il y a ensuite un jeu de miroirs entre le juif et l’homme de couleur dans l’expérience du rôle de victime historique. Selon Mabanckou, cette problématique fait aujourd’hui retour en France. Baldwin notait encore que si le Noir condamne le juif, c’est « parce qu’il est devenu un Amé- ricain blanc », tiré d’affaire.
Enfin, entre eux, aurait cours la difficile question de la priorité de leur arrivée sur le sol américain.
Lettre à Jimmy se lit de bout en bout avec une curiosité sans cesse en éveil. Ce livre nous apprend une foule de choses, autant sur celui qu’il dépeint que sur celui qui l’écrit, qui se définit plus ou moins en creux d’après son modèle.
Muriel Steinmetz, L’Humanité, 10 janvier 2008
Critique de LETTRE A JIMMY dans "Le Nouvel Observateur" (Paris, 6/09/2007)
jeudi 6 septembre 2007Sur le modèle de la « Lettre à Jimmy » adressée par Alain Mabanckou à James Baldwin, « l’Obs » a demandé à six romanciers de la rentrée [Lydie Salvayre, Pierre Assouline, Michel del Castillo, Eric Neuhoff, Philippe Claudel et Charles Dantzig] d’écrire en recommandé à leurs auteurs de chevet
Par porc-épic interposé, il s’adressait l’an passé à un « cher Baobab » fort attentif. Cette fois, plutôt que de publier un essai convenu sur l’écrivain noir américain James Baldwin, il écrit directement à son « cher Jimmy ». On voit par là qu’Alain Mabanckou, qui enseigne la littérature francophone à l’UCLA en Californie, est bien ce qu’on appelle un homme de lettres. Le conteur et le conférencier se réconcilient dans la forme épistolaire : cet apôtre d’une « littérature-monde » n’écrit pas pour se regarder le nombril, mais pour sortir de soi, et transmettre. Mabanckou aime à se placer « en situation de communication », vous diront les linguistes et votre neveu dès qu’il aura assimilé son programme de français. La réussite de la « Lettre à Jimmy » est d’éviter ce jargon techniciste, sans se priver d’une impeccable érudition universitaire. Pour retracer la vie de Baldwin (1924-1987) jusqu’à Saint-Paul-de-Vence, où le gamin de Harlem était devenu l’ami de Montand et Signoret. Mais aussi pour nous faire partager, à grand renfort de citations, les subtilités d’une pensée qu’a souvent camouflée une série de clichés sur son homosexualité et son radicalisme politique. Aucune désinvolture, donc, dans le tutoiement choisi pour rendre hommage à « Jimmy ». Si familiarité il y a, c’est au sens où l’auteur congolais d’« African Psycho » appartient à la même famille que l’ancien écolier new-yorkais : à la fois romancier et essayiste, à cheval sur trois continents et soucieux de distinguer la situation des francophones d’Afrique de celle des Noirs américains. Sans rester prisonnier du poids tragique de l’histoire, ni d’une fracture coloniale aux contours simplistes. « Il n’est pas de pire personnage que celui qui joue le rôle dans lequel on l’attend », note Mabanckou en renvoyant dos à dos ceux qui se figent dans une éternelle posture de victimes et ceux qui les y contraignent par leur indifférence. Certes, Baldwin ne va pas plus lui répondre que le Baobab des « Mémoires de porc-épic ». Encore que... Une deuxième vie est ici donnée à l’auteur de « la Prochaine fois, le feu ». « Je me crée interminablement », disait Fanon. C’était le credo de Baldwin, nous dit Mabanckou ; c’est aussi le sien. Indice, s’il en fallait, qu’un écrivain qui s’adresse à un autre en dit souvent aussi long sur lui-même que sur son destinataire. On vous laisse en juger à travers les lettres qu’ont accepté d’écrire pour « le Nouvel Observateur » six auteurs de la rentrée littéraire à leurs plus chers confrères.
« Lettre à Jimmy », par Alain Mabanckou, Fayard, 188 p., 17 euros.
Grégoire Leménager
Le Nouvel Observateur - 2235 - 06/09/2007
Critique de "LETTRE A JIMMY" dans Evene.fr
dimanche 26 août 2007Tout juste décoré du prix Renaudot 2006 avec son roman ‘Mémoires de porc-épic’, voilà Alain Mabanckou de retour avec cette longue lettre adressée à l’écrivain noir américain James Baldwin. Un témoignage d’amour et de reconnaissance à toute une oeuvre qu’il traverse avec un ravissement non dissimulé. De ses romans tels que ‘La Conversion’ ou ‘La Chambre de Giovanni’, Alain Mabanckou en illumine les sens cachés, leur restituant leur dimension autobiographique, tout en prenant le soin d’en contempler la virtuosité littéraire. De ses articles et autres textes critiques comme ‘La Prochaine Fois, le feu’ ou ‘Chronique d’un pays natal’, il en extrait la quintessence, se faisant le passeur bien légitime d’une pensée viscéralement imprégnée de liberté et d’amour. Mais bien plus qu’un hommage, à travers cette lettre, Alain Mabanckou partage avec le lecteur sa profonde affinité avec la pensée défendue par l’écrivain américain.
Il faut bien reconnaître que James Baldwin s’est efforcé toute sa vie durant de placer son talent au service d’une indépendance intellectuelle exceptionnelle dont Alain Mabanckou se revendique aujourd’hui. Ainsi aborde-t-il des thèmes aussi déterminants que l’émancipation des Noirs, le statut de l’écrivain noir américain, la redéfinition de l’identité américaine, la négritude ou encore l’homosexualité et l’antisémitisme des Noirs.
L’écriture d’Alain Mabanckou est toujours aussi fluide, raffinée et percutante. Et c’est avec un immense talent qu’il parvient à restituer l’universalité de l’oeuvre de James Baldwin dont la pertinence du propos est encore très largement d’actualité, même vingt ans après la mort de son auteur. Avec ‘Lettre à Jimmy’, Alain Mabanckou offre une analyse généreusement documentée, révélant une connaissance aiguë de l’homme et de l’auteur. Une analyse que l’écrivain congolais a su enrichir de sa propre connaissance de la littérature africaine et américaine, ainsi que de son propre parcours.
Mathieu Menossi, critique parue dans EVENE.FR
"Lettre à Jimmy" (Présentation et Extraits, parution le 16/08/2007, Paris, Editions Fayard, 190 pages)
dimanche 29 juillet 2007LA PRESENTATION SUIVANTE EST TIREE DU SITE " RELAY.FR" :
L’hommage d’Alain Mabanckou à James Baldwin
"Après avoir exploré de nombreux domaines littéraires tels que la poésie, la chronique et le roman, Alain Mabanckou présente ce nouvel ouvrage dans un genre épistolaire. "Lettre à Jimmy", qui sortira le 16 août aux éditions Fayard, n’est autre qu’un hommage sous forme de lettre directement adressée à l’écrivain disparu James Baldwin.
"James Baldwin est un écrivain noir américain originaire d’Harlem. Né en 1924 à New York, il est très vite imprégné des problèmes liés à la condition des noirs dans son pays et deviendra une figure du mouvement de lutte pour les droits civiques. Il s’exilera plus tard en France à Saint-Paul de Vence d’où il continuera à écrire sur la marginalisation des noirs, la liberté de l’individu et l’amour du prochain.
"Alain Mabanckou s’adresse directement à Baldwin, dans une lettre d’amitié et d’admiration pour le poète. Mabanckou exprime son amour pour le destin de son homologue, amplifié par quelques similitudes entre leurs parcours. Cette lettre s’inscrit également dans la commémoration des vingt ans de la disparition de James Baldwin. Récompensé du prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic en 2006, Alain Mabanckou est un auteur apprécié de la presse et du public. Romancier, poète et essayiste, il partage sa vie entre Paris et Los Angeles. Il est déjà l’auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels Verre Cassé, publié en 2005, et African Psycho en 2003. Mabanckou fut également primé pour ses talents de poète. La nostalgie de l’enfance, l’attachement à la terre, le devoir de mémoire, l’exil ou encore la dégénérescence de l’Afrique contemporaine sont autant de thèmes qu’il aborde dans ses recueils et qui le rapprochent de celui qu’il honore dans son dernier ouvrage.
Alain Mabanckou, Lettre à Jimmy
Sortie le 16 août
Editions Fayard
ISBN : 978-2213626765"
EXTRAITS DE "LETTRE A JIMMY"
... C’est aux anciens colonisés d’Afrique noire francophone que tu aurais parlé en particulier, Cher Jimmy. Parce que ce sont sans doute les seuls qui, depuis les « soleils des indépendances », depuis le refrain de la chanson de Grand Kallé, Indépendance cha cha, sont restés sur les quais des gares, bernés, leurrés, regardant circuler des trains fantômes, criant à la malédiction de Cham. Comment ne succomberaient-ils pas au refrain de la « concurrence victimaire » ? C’est à eux que tu t’adresserais, à ces anciens colonisés que tu parlerais.
Non pas pour les blâmer, mais pour les regarder en face, droit dans les yeux.
Non pas pour les « flageller », mais pour leur dire que l’attitude de l’éternelle victime ne pourra plus longtemps absoudre leur mollesse, leurs tergiversations.
Non pas pour les houspiller, mais pour leur dire que leur condition actuelle découle de près ou de loin de leurs propres chimères, de leurs propres égarements et de leur lecture unilatérale de l’histoire. Il n’est pas de pire personnage que celui qui joue le rôle dans lequel on l’attend et qui facilite ainsi l’exploitation de son désespoir même par le plus médiocre des metteurs en scène. Le monde abonde désormais de ce type d’artistes à court d’idées, et il y a bien longtemps que la pitié du Nègre ne mobilise plus l’altruisme. Son salut n’est pas dans la commisération ni dans l’aide. S’il ne fallait que cela, tous les damnés de la terre auraient changé le cours de l’Histoire.
Il ne suffit plus que je me dise Nègre pour que dans la mémoire de l’Autre défilent les siècles d’humiliations que les miens ont subies. Il ne suffit plus, Cher Jimmy, que je me dise originaire du Sud pour exiger du Nord le devoir d’assistance dans son élan de tiers-mondiste car je sais depuis que l’assistance n’est que le prolongement subreptice de l’asservissement, et il y a longtemps qu’être Noir ne veut plus rien dire, à commencer par les hommes de couleur eux-mêmes. Frantz Fanon achève d’ailleurs Peau noire masques blancs en des termes qui devraient nous inspirer dans la lecture de notre condition : « Je ne veux pas être la victime de la Ruse d’un monde noir. Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres. ... Je ne suis pas prisonnier de l’Histoire. Je ne dois pas y chercher le sens de ma destinée... Dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement. »
A défaut de rechercher la définition de son statut, il vaut mieux chercher à interpréter, à démêler le sens des mots, ce qu’ils véhiculent, ce qu’ils impliquent pour le destin de l’homme de couleur. Au fond ce sont les définitions qui nous enferment, nous ôtent la faculté de nous « créer interminablement », d’imaginer un autre monde. Et tant que ces définitions paraîtront absolues, la question de l’Autre se posera avec acuité. C’est dans ce sens que je comprends l’alerte que tu lances en ces termes : « Et, en fait, la vérité quant à l’homme noir en tant qu’entité historique et en tant qu’être humain lui a été cachée délibérément, cruellement. La puissance du monde blanc est menacée chaque fois qu’un Noir refuse d’accepter les définitions imposées par le monde blanc. »
***
Cher Jimmy, le ressortissant d’Afrique noire est convaincu que l’afro-américain a réussi à installer une communauté dont l’influence se manifeste aujourd’hui sur plusieurs plans, au point de peser sur le destin de la nation américaine. Et donc, devant une attitude injuste, devant un acte de racisme, de discrimination, nous entendrons souvent certains s’interroger : « Mais qu’auraient fait nos frères Noirs américains dans ce cas précis ? ». Nous entendrons aussi des alertes quant au risque d’importer en France le « racisme » que véhiculeraient les thèses des Black Muslims. La comparaison que nous opérons avec la communauté noire américaine est plus que contrefaite dans la mesure où les Noirs de France n’ont pas la même expérience de migration et que « l’addition » qu’ils demandent à la France de payer n’est pas la même que celle des Noirs américains [...]
Les Noirs de France peuvent s’inspirer certes de leurs « frères » Noirs américains et envier les droits que ceux-ci ont acquis aux Etats-Unis – mais faut-il rappeler, avec Fanon, que chaque droit fut le résultat de luttes à l’issue desquelles les Etats-Unis se retrouvaient les pieds au mur ? Ces luttes ont donné naissance à de grands leaders qui sont entrés dans l’histoire contemporaine de l’Amérique. Et ces leaders noirs avaient ceci de commun qu’ils refusaient qu’on leur « contestât leur humanité ». C’est toujours Fanon qui souligne : « Non je n’ai pas le droit de venir crier ma haine au Blanc. Je n’ai pas le devoir de murmurer ma reconnaissance au Blanc... Si le Blanc me conteste mon humanité, je lui montrerai, en faisant peser sur sa vie tout mon poids d’homme, que je ne suis pas ‘‘Y a bon banania’’ qu’il persiste à imaginer... »
Copyright Editions Fayard, 2007
Quelques extraits de presse américaine sur "AFRICAN PSYCHO" , Soft Skull Publishers, New York, 2007
jeudi 21 juin 2007This is Taxi Driver for Africa’s blank generation... a deftly ironic Grand Guignol, a pulp fiction vision of Frantz Fanon’s wretched of the earth that somehow manages to be both frightening and self-mocking at the same time.
Time Out New York
African Psycho, first published in French in 2003, is the auspicious North American debut from a francophone author who most certainly deserves to be discovered. It is smart, stylish and plenty "literary".… The French have already called [Mabanckou] a young writer to watch. After this debut, I certainly concur.
Globe and Mail
Mabanckou’s novel...discovers a fascinating new way to hang readers on those tenterhooks...African Psycho presents no gloomy Raskolnikov, nor the fixed sneer of Patrick Bateman, but a haunted burlesque.
The Believer
[A] very compelling (and very well-translated) exercise in literary voice.
Publishers Weekly
African psycho, a macabre but a comical take on a would-be serial killer.
Vanity Fair, July 2007
POEM READ IN NEW YORK (at Town Hall)- POEME LU A NEW YORK A L’OCCASION DU PEN AMERICAN
samedi 12 mai 2007To my Mother
I have planted my flagpole in the heart of this territory
Here I am far away from the things that were mine
I am learning now to dance with only one foot
And to forget my bipedal traditions
The red earth of my region
Has not left my soles after the last transhumance
Sleepiness lives on in my eyelids
But I am sleeping with just one eye open
with only one ear
I have embraced the leaf’s destiny
I free myself from the tree and fly off into the wind’s volition
Yet I always fall again at the foot of the tree
And even if it’s come to pass that I have been removed by a river’s current
In each of my dreams this name returns
Two syllables :
Congo
These days I no longer resist
When grief summons me at those hours when insomnia haunts my eyelids
I recall the nocturnal shadows of our village
And my heart beats to the rhythm of a herd of cattle
Frightened by an imminent tornado
What then remains for me to water the arid soil of return :
these torrential tears which overflow
The bed of my sorrows
When I return from my pilgrimage
The door of the dwelling will be closed
A few sheep will graze on the last grass in the vicinity
I will take the cemetery road
And I will see that tomb again, all alone
Near the tree which gave birth to my very first poems
It is there that she rests, my mother
And it is there that I have lived for a very long time
Alain Mabanckou
A ma mère
J’ai planté mon mât au coeur de ce territoire
Me voici loin des miens
J’apprends maintenant à danser d’un seul pied
Et à oublier ma tradition de bipède
La terre rouge de ma contrée
N’a pas quitté mes semelles depuis la dernière transhumance
Le sommeil habite mes paupières
Mais je dors d’un seul oeil
D’une seule oreille
J’ai épousé le destin de la feuille
Je me détache de l’arbre et m’envole au gré du vent
Je retombe toujours au pied l’arbre
Et même s’il m’est arrivé d’être emporté par le courant d’une rivière
Dans chacun de mes songes
Revient ce nom
Deux syllabes
Congo
A présent, je ne résiste plus
Quand la douleur me convoque aux heures où l’insomnie
Hante les paupières
Je retrouve les ombres nocturnes de notre village
Et mon coeur bat au rythme d’un troupeau
Apeuré par une tornade imminente
Me restent alors pour arroser le sol aride du retour
Ces larmes torrentielles qui débordent
Le lit de mes peines
Quand je rentrerai de mon pèlerinage
La porte de la demeure sera close
Quelques moutons brouteront la dernière herbe du voisinage
Je prendrai le chemin du cimetière
Et je reverrai cette tombe toute seule
Près de l’arbre qui donna naissance à mes premiers poèmes
C’est là qu’elle repose, ma mère
Et c’est là que j’habite depuis longtemps
Alain Mabanckou
REPRISE DU ROMAN "VERRE CASSE" AU THEATRE A BRUXELLES (BELGIQUE)
vendredi 6 avril 2007COMMUNIQUE FOURNI PAR LE THEATRE DE POCHE (BRUXELLES)
Du 13 avril au 5 mai 2007 à 20h30 : REPRISE DE VERRE CASSE de Alain Mabanckou, Editions du Seuil, Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de Porc-Epic.
Adaptation et mise en scène de Roland Mahauden assisté de Arnaud Bourgis
Avec Gaston Mufunda Koffi Kuaya, Jean-Marie Ngaki Kosi Basak, Edmond Massambia Nzumbu Musique & chant de Ne Nkamu Luyindula
Du 13 avril au 5 mai 07 à 20h30
Dans le cadre de Yambi 2007-avec le soutien du CGRI
Réservations : 02/649.17.27 reservation@poche.be
Verre Cassé, sorte de Bukowski africain, relate dans un cahier d’écolier les aventures émouvantes et vaudevillesques, les infortunes bouleversantes et rocambolesques des piliers d’un bar congolais des plus crasseux, Le Crédit a voyagé. Drôle et pas sobre pour un sou !
« Tant de bonne humeur vous donne envie d’acheter le livre à la sortie… » RTBF La Première
« Une œuvre truculente, exubérante, drôle, mêlant le grotesque au sublime… » La Libre Belgique
« Le Théâtre de Poche de Bruxelles , l’une des scènes les plus innovantes de la capitale belge, réussit en ce moment un pari difficile : adapter pour le théâtre l’un des romans francophones les plus truculents de ces dernières années. Verre Cassé d’Alain Mabanckou est une farce métaphysique et le portrait tonitruant d’une Afrique qui, même si elle souffre, n’oublie jamais de sourire » Le Monde
Plus d’infos, un concours, des images, les articles de presse, une interview sonore,...sur notre site : www.poche.be
Théatre de poche • 1a,chemin du Gymnase • 1000 Bruxelles • BELGIUM
Tel : +32 2 647.27.26 . Fax : +32 2 647.28.22
www.poche.be
Mail : INFO@poche.be
