Bienvenue sur le site d'Alain Mabanckou écrivain, poète.

Bibliographie

Bleu Blanc Rouge

Roman / Présence Africaine / 1998

Présentation

Massala-Massala a abandonné ses études depuis des années. Il rêve de venir un jour en France, à Paris, capitale de la consécration, afin de réussir comme Charles Moki, un des "grands" du quartier dont les retours au pays natal pendant les vacances de la saison sèche, ne laissent personne indifférent. Projeté dans un nouveau monde, Massala-Massala devra compter sur ses propres moyens pour se dégager d’un engrenage inextricable. Mais peut-il encore reculer ?

Critiques

Critique de Bleu-Blanc-Rouge par Martial Niangoran du quotidien "Fraternité-Matin", Abidjan, Côte d’ivoire, juillet 2006

Alain Mabanckou est un écrivain congolais. Son roman que nous vous proposons est intitulé Bleu- Blanc- Rouge. Ce sont les couleurs de la France, mythique " pays lointain, inaccessible" dont rêvent encore de nombreux jeunes Africains en quête de sensation et de bonheur. Mais la France dont il s’agit ici, ce n’est pas le pays tout entier, ce n’est " ni Marseille, ni Lyon, encore moins les villes inconnues (des Africains), c’est Paris " (P.88), qui se confond à la Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, les Champs- Elysées. Massala Massala, un jeune Congolais, a succombé à ce rêve. Le roman raconte avec un humour décapant sa mésaventure dans cette ville, une aventure qui a tourné très court. A travers lui, l’auteur dépeint le triste destin des aventuriers africains à Paris.

Alain Mabanckou aurait souhaité que les Africains vivent cette mésaventure pour les en dissuader. Aussi la raconte-t-il sous la forme d’une représentation théâtrale avec un rideau qui s’ouvre pour laisser découvrir la vérité et se referme lorsque le rêve est terminé. A l’ "Ouverture ", le spectateur découvre un jeune homme méditant dans une cellule de prison, cuvant son échec à Paris. Le noeud de la pièce comporte deux grandes parties. La première, " Le pays ", raconte longuement comment Massala Massala s’est mis à " rêver Bleu Blanc Rouge ". C’est l’oeuvre de son congénère Charles Moki .Un prétentieux dandy vivant à Paris dont les faits et gestes, à ses retours et séjours réguliers au village contribuaient à y asseoir le culte du Parisien. Il a honoré son père en lui construisant une grosse villa. Celui-ci est désormais craint et respecté. Moki méprise les Africains séjournant en province : " mieux valait n’avoir pas été en France que de revenir d’une province" (P.88).

A la fin d’un de ses séjours, il s’envola avec Massala Massala pour Paris. La deuxième partie du récit plonge le héros dans les dédales de Paris. Il découvre les réalités de la vie de ses frères Africains. Ils vivent dans des gîtes, des sortes de refuge pour échapper à la police avec laquelle ils se plaisent à jouer à cache-cache. Ils s’y entassent " les uns sur les autres tels des cadavres liés par le sort d’une fosse commune ", (P.136). Ils vivent de diverses activités pas toujours propres, c’est la grande débrouille. Ils sont inhumains, cyniques, cupides, sinistres, affairés. Il se mit à sombrer dans le " désenchantement ". " Le choc de la réalité me rongeait, avoue-t-il. Moki, tant bien que mal s’évertuait à me consoler. Je lui en voulais de n’avoir pas été plus précis sur un certain nombre de choses. Sur l’essentiel. Ma décision sans doute n’eût pas été la même " (P.128). Obligé de vivre, il change tour à tour d’identité, au gré de ses parrains qui l’initient à leur vie. Sa première sortie lui fut fatale. Il se fait épingler par la police. Son séjour en prison (18 mois) fut l’essentiel de son passage à Paris. A la fin de la représentation, la " fermeture ", Massala Massala, libéré, se retrouve malgré lui dans un charter en partance pour l’Afrique où il rejoindra les siens. C’est la fin du rêve. Il aura alors compris que " Paris est un grand garçon, un garçon majeur et vacciné, un autre monde. "