
Verre Cassé
Roman / Editions du Seuil / 2006
Présentation
Présentation de "Verre Cassé" par l’éditeur, 4ème de couverture :
L’histoire " très horrifique " du Crédit a voyagé, un bar congolais des plus crasseux, nous est ici contée par l’un de ses clients les plus assidus, Verre Cassé, à qui le patron a confié le soin d’en faire la geste en immortalisant dans un cahier de fortune les prouesses étonnantes de la troupe d’éclopés fantastiques qui le fréquentent. Dans cette farce métaphysique où le sublime se mêle au grotesque, Alain Mabanckou nous donne à voir grâce à la langue rythmée et au talent d’ironiste qui le distinguent dans la jeune génération d’écrivains africains, loin des tableaux ethniques de circonstance, un portrait vivant et savoureux d’une autre réalité africaine.
Le roman existe aussi en format poche, Points-Seuil
Critiques
"La réussite de ce cinquième roman accroît ma mauvaise conscience de l’avoir ignoré [l’auteur] jusqu’à présent. Verre Cassé est une oeuvre truculente, exubérante, tonitruante... Quelle tchatche ! la verve d’Alain Mabanckou est un fleuve en branle qui emporte tout sur son passage, les mots, les hypocrisies, les convenances, les traditions, le politiquement correct..."
Bernard Pivot, Le Journal du dimanche
"... réunis dans ce livre désopilant, Kourouma et Vargas Llosa, un bar crasseux au Congo et la banlieue proprette de Châtenay-Malabry, de Gaulle et Mohamed Ali, l’école de la brousse et les querelles du milieu littéraire ! Voici l’Afrique et la France - et ladite relation Nord-Sud sous la plume mordante et audacieuse d’un romancier né en 1966 au Congo-Brazzaville et professeur de littérature francophone aux Etats-Unis. Alain Mabanckou n’en est pas à son premier livre, mais il donne dans « Verre cassé » la mesure d’un talent libéré..."
Valérie Marin La Meslée - Le Point
"Voici l’un des romans les plus savoureux du moment. Au fin fond du Congo, l’histoire d’un bar nommé Le crédit a voyagé. Sa légende, ses héros, sa geste et ses exploits, contés par un de ses piliers, à la fois poète et ivrogne magnifique, Verre Cassé... Vif et malicieux hommage à la parole, ce diable de texte est aussi un piquant album de voyage en littérature, plein de mille références, celles du narrateur, tombé dans les livres dès la prime enfance. Cinquième roman d’Alain Mabanckou... Verre Cassé ne se prive pas, enfin, d’envoyer chemin faisant quelques pointes politiques ou littéraires. Un régal, on vous dit !"
Michel Abescat, - Télérama
"...Cela donne une farce d’un comique, d’une loufoquerie et d’un humour irrésistibles. Puisqu’on cherche toujours des parentés quand on lit un écrivain pour la première fois, j’irais plutôt les débusquer du coté d’un Albert Cohen plus créole que salonicien. Car par le rythme, la cadence et la souplesse de la phrase, on se retrouve parfois du coté de Chamoiseau. Ceci pour dire que Mabanckou, tout bien digéré, ne ressemble qu’à lui-même dans sa manière de bousculer la syntaxe et les conventions : pas de points, des virgules en pagaille mais nul désordre pour autant, ça parle entre guillemets, on reprend son souffle dans les moments de pause, les respirations sont faites pour ça (quand je pense que je me plains de la pénurie de cédilles en Italie !). Délire apparent, maitrise absolue. Du grand art. Il est unique dans sa manière d’infiltrer en douce dans ses phrases des titres en veux-tu en voilà, ni vu ni connu, une saison de machettes ou même une saison blanche et sèche au coeur des ténèbres juste en face de la cathédrale avec le loup des steppes si vous voyez ce que je veux dire... Je veux dire qu’une amitié aussi belle que celle qui unit L’Escargot enteté et Verre Cassé, le patron du bar et le pilier du bar, on n’en avait pas lue d’aussi belle depuis longtemps."
Pierre Assouline - Le Monde.fr
Extraits
Extrait de Verre Cassé (première page) :
disons que le patron du bar Le Crédit a voyagé m’a remis un cahier que je dois remplir, et il croit dur comme fer que moi, Verre Cassé, je peux pondre un livre parce que, en plaisantant, je lui avais raconté un jour l’histoire d’un écrivain célèbre qui buvait comme une éponge, un écrivain qu’on allait même ramasser dans la rue quand il était ivre, faut donc pas plaisanter avec le patron parce qu’il prend tout au premier dégré, et lorsqu’il m’avait remis ce cahier, il avait tout de suite précisé que c’était pour lui, pour lui tout seul, que personne d’autre ne le lirait, et alors, j’ai voulu savoir pourquoi il tenait tant à ce cahier, il a répondu qu’il ne voulait pas que Le Crédit a voyagé disparaisse un jour comme ça, il a ajouté que les gens de ce pays n’avaient pas le sens de la conservation de la mémoire, que l’époque des histoires que racontait la grand-mère grabataire était finie, que l’heure était désormais à l’écrit parce que c’est ce qui reste, la parole c’est de la fumée noire, du pipi de chat sauvage, le patron du Crédit a voyagé n’aime pas les formules toutes faites du genre "en Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle", et lorsqu’il entend ce cliché bien développé, il est plus que vexé et lance aussitôt "ça dépend de quel vieillard, arrêtez donc vos conneries, je n’ai confiance qu’en ce qui est écrit",...
